Fiche de culture
4 Comments Le Pin Rouge.
LE PIN ROUGE DU JAPON (Pinus Densiflora).
Classification :
Classe : Gymnospermes.
Ordre : Coniférales.
Famille : Pinacées.
Genre : Pinus.
Généralités :
Les pins sont des arbres résineux à aiguilles persistantes, dont on trouve un très grand nombre d’espèces de par le monde (environ une bonne centaine).
Les gymnospermes sont des arbres dits : « à semences nues » (du grec gymnos : nu et sperma : semence), c’est-à-dire des arbres dont les graines ne sont pas protégées par une drupe, une coque, ou un autre moyen.
Les pins sont des arbres monoïques (du grec monos : seul, et oïkos : maison). Ce sont donc des arbres où les organes mâles et femelles « habitent la même maison ». Le même plant porte ainsi des fleurs des deux sexes et peut ainsi assurer seul sa reproduction.
De toutes tailles, leur port va de rampant à droit en passant par toutes les formes intermédiaires. Certaines variétés peuvent atteindre, aux Etats-Unis, jusqu’à soixante dix mètres de hauteur.
Ils sont quand même majoritairement à tronc unique, perdant leurs branches basses en vieillissant.
Leur écorce est généralement épaisse et très nettement fissurée. Il existe, néanmoins quelques variétés à tronc lisse et ocellé en Chine.
La cime sommitale est assez réduite sur les sujets âgés.
Les rameaux, faibles ou forts, sont sillonnés bruns, jaunâtres, verdâtres ou glauques, pubescents ou glabres. Les rameaux longs à bourgeons terminal assurent la croissance en longueur.
Les bourgeons sont de formes et de dimensions variables suivant les espèces, avec ou sans résine.
Les feuilles ou aiguilles persistent suivant les espèces, de 3 à 14 ans. Le nombre de feuilles dans une même gaine varie de 1 à 8, mais la majorité des espèces possèdent 2, 3, ou 5 aiguilles. Certaines espèces en ont un nombre variable mais avec un chiffre dominant.
Les gaines foliaires écailleuses entourant la base des aiguilles peuvent être caduques la première année ou être persistantes.
Les inflorescences sont en chatons rougeâtres ou jaunâtres, en grappes volumineuses à la base de la pousse de l’année, libérant au printemps beaucoup de pollen que l’on appelle « pluie de soufre ». On y trouve de nombreuses étamines à deux sacs polliniques contenant du pollen à ballonnets. Ce sont des inflorescences femelles subterminales qui se situent sur la pousse annuelle évoluant en deux et parfois trois ans, en chatons solitaires ou fasciculés, subsessiles ou pédonculés.
Les cônes (c’est pour cela qu’on les appelle « conifères » : arbres qui portent des cônes, du grec pherein, porter) sont dressés, obliques ou pendants, caducs ou persistants après la libération des graines. Ils sont de longueur variable, jusqu’à 40 cm et jusqu’à 15 cm de largeur. Ils sont formés d’écailles ligneuses, spatulées, minces au sommet ou épaisses en écusson avec mucron ou ombilic en position plus ou moins centrale. Chaque écaille porte deux graines oblongues à coque mince ou ligneuse et une aile membraneuse plus ou moins longue chez la plupart des espèces.
La répartition géographique de ce genre est très vaste. Ils sont répartis dans l’hémisphère nord, du cercle arctique jusqu’en Amérique centrale, ainsi qu’en Europe, Afrique du nord et Asie du sud-est. On les trouve donc dans des régions très variées, mais principalement dans les zones à climat tempéré-froid de l’hémisphère boréal, où ils occupent tous les étages de végétation, du niveau de la mer jusqu’à la limite supérieure des forêts, parfois même en terrain en permanence gelé.
Les pins sont des essences sociales de pleine lumière, qui supportent bien la sècheresse, les sols pauvres, et pour plusieurs espèces les embruns salés. Ils peuvent former des peuplements importants mais craignent la concurrence des autres essences quand ils sont plantés hors de leur optimum en terme de stationnel.
Pinus densiflora :
Le pin rouge du Japon ou pin parasol du Japon (Pinus densiflora – Siebold & Zuccarini) est plus spécifiquement originaire d’Asie tempérée et septentrionale, notamment en Chine (plus particulièrement en Mandchourie, dans l’est et le sud du Heilongjiang, au nord-est du Jiangsu, au sud-est du Jilin et du Liaoning, à l’est et au nord du Shandong). On le trouvera aussi au Japon, en Corée, ainsi qu’en Russie de l’est et en Sibérie.
Il pousse en moyenne entre 0 et 900 mètres d’altitude. Cette variété a été introduite en Europe en 1852. Son port est largement étalé, pour une hauteur de 25 mètres maximum dans le Hondo, dépasse rarement les 12 mètres en culture, mais on trouve en Chine des sujets qui dépassent les 30 mètres.
Cet arbre est le symbole des préfectures japonaises d’Iwate, d’Okayama et de Yamaguchi.
Description de l’arbre :
On le reconnaît principalement à son écorce rougeâtre au sommet du tronc, la morphologie du feuillage et des cônes suggère qu’il pourrait s’agir d’un parent (vicariant) du Pin Sylvestre. C’est une variété héliophile et frugale, il se cantonne aux parties ingrates, se contentant de quelques fissures dans le rocher qu’il dégrade peu à peu. Il souligne les crêtes du paysage par son port caractéristique.
C’est un arbre conique de 15-20 mètres de hauteur en moyenne, arrondi, dont le sommet s’aplatit.
Les troncs sont généralement droits avec les branches inférieures horizontales et supérieures ascendantes mais, ne gardent leurs ramifications qu’aux sommets sur les individus âgés. Généralement le tronc est sinueux pouvant atteindre jusqu’à 1.50 mètre de diamètre. Il se reconnaît au rouge orangé de son tronc de ses vieilles branches, à l’écorce brun rougeâtre dans la partie supérieure du tronc chez les jeunes, puis gris brun, craquelée en plaques à la base du tronc chez les sujets plus âgés.
Les rameaux sont verts, jaunâtres sur certaines variétés, lisses, un peu pruineux, légèrement glauques et courtement pubescents au début, devenant glabres et de teinte orange.
Les bourgeons sont pointus, à écailles libres plus ou moins réfléchies, un peu résineux à la base avec l’âge.
Les aiguilles sont denses, de 6 à 12 cm serrulées, de teinte vert clair tendre et légèrement glauques, mais moins dures et plus souples que celles du Pinus Thunbergii par exemple.
La gaine foliaire est longue et membraneuse.
Les fleurs sont abondantes : mâles, jaunes-brun et femelles, rouges. La pollinisation se fait généralement en avril.
Les cônes sont de 3 à 6 cm de long avec des écailles dont l’écusson est aplati, plus haut que large et à bord supérieur arrondi, alors que ce bord est anguleux chez le pin sylvestre, dressés, à court pédoncule. Ils sont souvent groupés, coniques, brun-gris, déhiscents à maturité. Ils sont mûrs au bout de 2 ans. Les écailles sont minces, à apophyse plate avec un ombilic portant une petite épine.
Les graines font en moyenne 3 à 7 mm, avec une aile longue de 1.5 à 2 cm.
Usage :
Le pin rouge est une essence forestière rustique au Japon, dont le bois est de qualité équivalente à celui de notre pin sylvestre.
Dans ces forêts, les japonais élèvent un champignon comestible très parfumé appelé matsutake.
Côté bonsai :
Une petite précision liminaire, toutes les informations données sont le fruit de mon expérience, de mes observations et n’ont de valeur, si elles doivent en avoir, que chez moi.
Le pin rouge est une variété que je considère comme « facile », qui supporte bien la taille et dont les aiguilles se réduisent très bien. En semis, la germination est aussi très aisée, il n’y a pas besoin de stratification ou autres techniques sophistiquées.
Si, on le considère en France comme une variété de croissance plus lente que le pin noir (surtout dans le sud), la raison principale en est le manque d’humidité atmosphérique. Mais, comme partout, il y a différentes variétés de pins rouges et certaines sont plus vigoureuses que d’autres.
Dans son biotope d’origine, le densiflora est ce que l’on appelle une « essence pionnière » très rustique voire même, colonisatrice. Cette essence de moyenne montagne, peut survivre et même s’épanouir dans des sols très pauvres, et des conditions très variées.
Par contre, il n’est pas réputé supporter le calcaire. Chez moi, l’eau est excessivement calcaire et tous mes pins rouges, autant ceux issus d’importation que ceux nés sur place vivent très bien ; il n’aime apparemment pas non plus les sols acides. Donc, il faut se méfier des généralisations hâtives car nous n’avons que peu de recul sur la culture de cette variété. Pour ma part cela fait à peine une dizaine d’années que j’en cultive et je considère que cela n’est largement pas suffisant.
Il n’a pas non plus une grande tolérance au sel. Effectivement, malgré de nombreux voyages au Japon, je n’ai jusqu’à ce jour jamais vu de pin rouge en bord de mer, mais je n’ai pas non plus fait le tour en détail de toutes les côtes japonaises à pied pour vérifier…
Exposition :
C’est une essence qui aime le plein soleil, toutefois, je les abrite quand même un peu des ardeurs du plein soleil de l’été.
En hiver, je les protège du gel, car bien qu’étant des essences rustiques et bien qu’habitant un lieu où il gèle peu, les conditions de vie en pot modifient la rusticité de tous les végétaux. Ne possédant pas de très gros sujets, tous mes arbres sont dans pots les plus petits et plats possibles, donc tout le monde passe l’hiver en serre froide. Chez moi le vent est un facteur aggravant, très froid et desséchant, c’est pourquoi j’évite toute prise de risque inutile.
Arrosage :
La bonne culture (toujours chez moi et à ma façon) d’un pin rouge nécessite un arrosage quotidien l’été, voire biquotidien, par contre, je le réduit très fortement l’hiver. En effet, même avec des substrats bien drainants j’ai remarqué de fortes tendances au pourrissement de racines, et ce, autant sur des sujets installés que des tout jeunes. En périodes intermédiaires, printemps, automne, c’est à la demande et surtout fonction des objectifs précis fixés pour chaque arbre.
Il serait souhaitable que cette observation soit corroborée par d’autres personnes qui cultivent du pin rouge, mon seul avis ne pouvant pas être pris pour une « vérité statistique ».
Rempotage :
La périodicité des rempotages est la même que pour tous les autres pins en bonsai. C’est d’ailleurs plus une question d’état d’avancement de l’arbre que de recette (par exemple tous les deux ans).
Pour ceux qui voudraient quand même un peu plus d’informations, je dirais : pour les jeunes sujets issus de semis, rempotages tous les ans tant que l’enracinement n’est pas à ma convenance.
Primo, pour une raison esthétique évidente ; quelque soit le type d’arbre, si l’enracinement n’est pas suffisamment stable, il faut continuer les interventions. Cela ne nuit pas à l’arbre, je rappelle qu’il s’agit de très jeunes sujets. Esthétiquement, un arbre qui n’a pas un bel enracinement, même si ensuite il a un tronc, un mouvement, une ramification magnifique, eh bien le travail est en grande partie raté. On aura manqué l’essentiel, c’est-à-dire l’ancrage au sol. Ce ne sera pas un bonsai que nous aurons mais un « colosse aux pieds d’argile ».
Secundo, plus l’arbre est jeune et plus ce travail est facile, sans innocuité pour l’arbre. Allez faire le même type de travail sur un vieil arbre prélevé, vous m’en direz des nouvelles !
C’est, d’ailleurs, ce qui fait le peu d’intérêt pour ces arbres au Japon et leur moindre valeur artistique et pécuniaire. Il y aurait trop de défauts à corriger, et surtout trop de temps à passer dessus. Quand on sait cultiver, cela va plus vite de partir d’un semis ou d’une bouture avec au final un résultat plus probant.
Pour les arbres un peu plus vieux mais toujours en cours de culture, je les rempote tous les deux ans, la raison en est que pour les faire croître et prospérer j’arrose abondamment et met beaucoup d’engrais, ce qui lessive et tasse le substrat, et celui-ci, mal drainé, trop compact, ne favorisera pas le développement racinaire.
Pour ceux qui sont arrivés à maturité, je ne les rempote qu’environ tous les quatre ou cinq ans, selon l’état du substrat.
Taille et pincement :
En ce qui concerne la taille et le pincement, sur les jeunes sujets on peut les traiter comme les pins noirs : taille totale des pousses fortes fin juin-début juillet (dates à adapter selon la zone géographique de chacun). Cet arbre va re-bourgeonner vigoureusement.
Pour les sujets plus âgés je les traite plutôt comme les pins sylvestres en dés aiguillant et sélectionnant les branches, mais je le pratique aussi en effet, sur les plus jeunes car il n’y a pas toujours besoin d’avoir une ramification excessivement dense, selon le style que l’on veut donner à l’arbre.
Maladies et ravageurs :
Il existe de nombreuses maladies qui s’attaquent aux pins et aux conifères en général:comme les mycoses, les fontes de semis, le rouge cryptogamique (Lophodermium pinastri).
Sur les racines et les troncs, on peut trouver l’armillaire et les maladies du rond (Ungulina annosa, Rhizina inflata).
La pourriture de bois de cœur est due à Xanthochrous pini.
La rouille vésiculeuse (Cromartium ribicola), ou les rouilles courbeuses sont graves pour toutes les variétés de pins.
Il existe aussi de nombreux ravageurs, comme le charançon du pin (Hilobius abietis) qui ronge l’écorce au niveau du collet. Les scolytes et les bostryches qui creusent des galeries. Les cochenilles telles que Matsucossus feytaudi accélèrent le dépérissement des pins affaiblis. Les jeunes pousses et les feuilles peuvent être attaquées par des tordeuses.
Il s’agit là, de maladies couramment observées sur ce genre de végétaux. Depuis que je cultive des pins rouges, hormis des attaques sporadiques de cochenilles, je n’ai jamais eu de problèmes majeurs sur ce type d’arbre. Ce qui me fait dire qu’un arbre sain, fort est capable de se défendre tout seul. Ensuite, on peut l’aider en enlevant manuellement les ravageurs pour ne pas avoir à sortir l’arme chimique trop souvent. Je ne dis évidemment pas qu’il ne faut pas se servir des produits chimiques, mais seulement lorsque c’est vraiment nécessaire. Un usage raisonné et raisonnable de ces produits me semble plus adapté, sachant que si l’on en abuse les insectes finissent par développer une immunité et ensuite c’est l’escalade des produits de plus en plus forts et dangereux.
En conclusion, un seul mot d’ordre, toujours le même : OBSERVATIONS et ACTIONS au moment opportun. Si l’on fait ce qu’il faut quand il faut, il y aura rarement de problème avec ce type d’arbre, mais avec tous les autres aussi.
Le pin rouge, en bonsai, est à mon avis un arbre agréable et gratifiant. Je ne peux qu’encourager quiconque à se lancer dans la culture et l’entretien de cet arbre magnifique.
salut gilles,
merci pour cette fiche tres complete, je prend note.
Petite question, pourquoi en europe n’en voit-on pas plus souvent ???
fabrice
Salut Fabrice,
il est victime d’une mauvaise réputation totalement imméritée, comme le pin d’Alep, qui pousse mal, qui ramifie mal, dont on peut difficilement faire diminuer la taille des aiguilles. De plus, au Japon, il souffre de la concurrence des pins noirs et des pins blancs qui sont des variétés autochtones, l’une encore plus facile à cultiver et l’autre qui bénéficie d’une vénération quasi pathologique. Dernier point, il n’a jamais vraiment été un arbre à la mode, et un arbre qui ne se vend pas n’est pas cultivé par les professionnels. Un des rares à avoir fait quelque chose pour redorer le blason des pins rouges, c’est le regretté Daizo Iwasaki qui avait une collection énorme de pins rouges dans son jardin.
A+.
Gilles
merci gilles,
j’aime beaucoup cette variété de pin, j’espere un jour en avoir un en ma possession(si ce n’est l’inverse.).
fabrice
C’est vrai que c’est une variété très plaisante qui permet de faire un travail très fin et élégant. il n’y a pas de raison que tu ne puisses pas être « possédé » par un de ces pins un de ces jours, affaire à suivre…